Chapitre 2 : Réparer les dégâts
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Il faut croire que vous avez eu plus de chance que nous, murmura April,
mélancolique, en se laissant tomber sur le rebord pierreux qui faisait office
de canapé.
Donnie
et elle étaient revenus au repaire au moment même où Mikey et Léo y ramenaient
maître Splinter, inconscient. Ensemble, ils avaient fouillé les décombres du
laboratoire dans l'espoir d'y trouver des produits susceptibles de le soigner.
La tortue mauve était agenouillée à même le sol, où elle s'efforçait de
composer un régénérant.
-
Je me demande comment il a réussi à survivre jusqu'à maintenant. Il est
salement amoché... souffla Michelangelo en s'accroupissant aux côtés du rat
géant.
Il
posa un seau d'eau à côté de lui et, à l'aide de la serviette la plus propre
qu'il était parvenu à trouver dans ce champ de ruines, il entreprit de nettoyer
ses plaies. Comme le sang était séché, il refusait de lâcher les poils sur
lesquels il avait coagulé. Un bain aurait été l'idéal, mais les Kraangs avaient
réduit leur baignoire à néant.
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Au fait, April... Je suis désolé que tu n'aies pas retrouvé ton père.
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Moi aussi... Moi aussi...
Le
regard triste, elle posa sa main sur le front de maître Splinter. Il semblait
fiévreux. Ses blessures purulentes avaient dû entraîner une infection. Elle
espérait que Donatello réussirait à le sauver, car il lui avait toujours paru
indestructible. Le voir ainsi diminué lui causait un véritable choc, encore
pire que de savoir la ville aux tentacules des extraterrestres.
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Au moins, personne ne sait que nous sommes de retour, ce qui va nous laisser le
temps de prendre soin de lui, affirma Léonardo.
Donnie
leva les yeux du tube à essai sur lequel il était penché et échangea une
expression gênée avec April. Cela n'échappa pas à l'œil avisé de son frère, qui
lui demanda aussitôt ce qui se passait.
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Les Foot-bots nous ont attaqués alors que nous étions à la surface. Nous en
avons détruit quelques-uns, mais ensuite, j'ai jugé préférable de fuir, car il
en sortait de partout.
-
Tu es en train de me dire qu'ils vont rapporter à Shredder, si ce n'est déjà
fait, que nous sommes de retour à New-York ?
-
Euh... Oui ?
Léo
frappa son front lisse avec le plat de sa main. Il ne manquait plus que cela.
Ils allaient avoir suffisamment à faire au cours des semaines à venir pour
tenter de repousser l'invasion Kraang sans avoir en plus besoin de surveiller
leurs arrières par crainte de voir surgir le Destructeur dans leur dos.
Des
éclats de voix se firent entendre et, par réflexe, ils sursautèrent. Aucun
d'eux ne se sentait en sécurité à chaque fois qu'il était question de Shredder.
Par chance, ce n'était nul autre que Casey et Raphaël, qui revenaient de leur
patrouille. April se leva aussitôt pour bondir dans les bras de son ami, ce qui
suscita l'exaspération de Donatello.
-
Je suis heureuse que vous soyez revenus sain et sauf. Est-ce que vous avez eu
des ennuis ?
-
Raph a pu se défouler contre quelques boîtes de conserve extraterrestres, mais
moi, je n'ai pas eu ce bol. La maison était déserte, ajouta Casey sur un ton
beaucoup plus grave. Si ma sœur et mon père sont quelque part, ce n'est plus
ici.
-
Pareil pour moi. Les rues sont vides, nous n'avons croisé personne. New-York
est devenu une véritable ville fantôme.
Raphaël
ne prêta pas la moindre attention au reste de la conversation et se précipita
vers son maître dès qu'il eut remarqué son corps étendu sur une vieille
couverture rapiécé. Il remplaça Mikey, qui commençait à fatiguer, afin de
poursuivre le nettoyage des plaies encore à vif.
-
Ce n'est pas vrai, lâcha-t-il au bout de plusieurs minutes. Tout le monde n'a
pas fui ou n'a pas été capturé. Tout à l'heure, j'ai vu une fille.
-
Une fille ? répéta Casey avant de s'esclaffer. Alors pendant que je
poireautais, môssieur jouait les Casanova. Venant de toi, ça m'étonne, vieux.
L'adolescent
eut tout juste le temps de lever son gant de hockey pour se protéger que le sai
de Raphaël sifflait déjà dans sa direction. Il s'empala dans la texture molle
de l'accessoire, tandis que la tortue accompagnait son geste d'un regard
assassin.
-
Eh, on dirait bien que je viens de toucher un point sensible. Ce cher Raph
n'est peut-être pas si dénué de sentiments qu'il veut bien le faire croire, en
fait.
-
La ferme, Casey, sinon je...
-
Ça suffit, vous deux ! s'écria April en s'interposant. Vous n'allez quand même
pas vous battre alors que maître Splinter est dans cet état ?
Mikey
et Léo l'approuvèrent d'un hochement de tête, juste avant que Donatello ne
pousse un cri victorieux. Apparemment, il avait réussi à fabriquer un remède à
partir du peu de matériel qu'il avait pu sauver des décombres. Raphaël s'écarta
aussitôt pour lui céder sa place auprès du rat.
-
Normalement, cette mixture hyperprotéinée devrait suffire à lui rendre les
forces qu'il a perdu en errant des jours durant dans les égouts, mais ça ne
l'empêchera pas de devoir se reposer par la suite, car il souffre d'infections
qui risquent d'endommager son système immunitaire, auquel cas...
-
Abrège, Donnie, et fais-lui avaler le médoc ! l'interrompit Mikey, au grand
soulagement de tous.
Avec
précaution, la tortue pinça les lèvres de son maître et fit tomber quelques
gouttes du remède entre ses crocs acérés. Comme Splinter ne le recrachait pas,
il recommença, jusqu'à avoir vidé dans sa gorge le contenu de sa fiole en
verre.
-
Maintenant, il ne reste plus qu'à attendre de voir si ça fait effet.
-
Quoi ? Attendre ? se lamenta Michelangelo. Je déteste attendre, j'ai horreur
d'attendre, et en plus, nous n'avons même pas de pizza pour passer le temps !
Je veux un résultat tout de suite.
-
Ne t'inquiète pas, Mikey, nous allons trouver de quoi t'occuper. Il y a tout le
repaire à nettoyer.
Les
paroles de Léonardo provoquèrent une moue sceptique chez l'ensemble de ses
amis. Même le ménage, auquel les tortues refusaient généralement de se livrer
sans protester, semblait être une sinécure à côté de l'idée de remettre les
lieux en état.
-
Je pense que, pour commencer, nous devrions chercher tous les objets que les
Kraangs n'ont pas cassé, ainsi que ceux qu'il sera possible de réparer, et les
rassembler ici. Quant aux autres, nous nous en débarrasserons.
-
Naaaooonnn !
Mikey
se jeta sur la télévision, dont l'écran avait été brisé par le tir d'un
pistolet kraang. Elle n'était plus en état de fonctionner, pourtant cela le
rendrait infiniment triste s'il devait s'en débarrasser. Elle avait été sa
meilleure amie au cours des quinze dernières années.
-
Tout mais pas elle ! Vous ne nous séparerez jamais !
Léonardo
secoua la tête d'un air blasé avant de prendre la direction de l'escalier qui
conduisait aux chambres, Raphaël sur ses talons. Le leader du groupe attendit
d'être sûr qu'ils soient seuls à l'étage et que personne ne les ait suivis pour
enfin oser demander :
-
Raph... Quand vous étiez à la surface, est-ce que par hasard...
-
Non, répondit-il aussitôt, car il avait compris où son frère voulait en venir.
Je n'ai vu aucune trace de Karai. Ne t'inquiète pas pour elle. Je plains
surtout les malheureux Kraangs qui se retrouveront sur le chemin de ses crocs.
Léo
voulut esquisser un sourire, mais il n'y parvint pas. Il se préoccupait bien
trop du sort de la jeune fille pour réussir à feindre une quelconque
allégresse. Même la tape amicale de son cadet ne suffit pas à le dérider.
Ils
ouvrirent les portes des chambres une par une, mais tout ce qu'ils y trouvèrent
n'était que désolation. Les revues de Raphaël étaient réduites en charpie, les
figurines de Michelangelo en morceaux, les matelas éventrés, les armoires
brisées... Rien ou très peu avait survécu à la folie des Kraangs.
Leur
inspection s'acheva rapidement. Ils purent trouver une lampe en état de marche,
quelques objets électroniques appartenant à Donatello qui paraissaient encore
fonctionner et des oreillers qu'ils parviendraient peut-être à raccommoder. Le
reste était hors d'usage.
-
C'est tout ce que nous avons pu sauver, affirma Léo en déposant ses maigres
trouvailles sur le sol de la salle principale.
-
Il me faudra des mois avant de pouvoir remettre mon labo en état... murmura
Donnie, abattu. Le matériel que les Kraangs ont ravagé est extrêmement rare.
-
Sans parler du fait que nous n'avons plus de télévision, geignit Mikey.
Personne
n'eut le cœur à le fusiller du regard. April avait rassemblé de vieux chiffons,
des draps usés et des couvertures élimés, et entreprit de fabriquer une sorte
de nid pour maître Splinter, allongé à même la pierre. Quand elle eut terminé,
Raphaël le porta jusqu'à la couche de fortune.
-
Il sera toujours mieux là-dessus, non ? fit-elle remarquer.
Elle
aurait aimé faire davantage pour le rat, mais comment l'aurait-elle pu ? Les
moyens manquaient cruellement. Donatello n'avait même pas de quoi le soigner :
il avait pratiquement gaspillé toutes ses réserves dans la préparation qui,
pour l'instant, semblait n'avoir aucun effet.
-
Et maintenant ? interrogea Casey. Qu'allons-nous faire ? Pour les Kraangs, je
veux dire. Nous devons leur reprendre New-York.
-
Sauf que nous n'avons presque plus d'armes, plus de robots, rien... Alors
qu'ils sont des milliers. Comment comptes-tu t'y prendre ? Même l'armée a
échoué, nous sommes tous seuls. Sans compter sur Shredder, qui sait sûrement, à
l'heure qu'il est, que nous sommes de retour. Il va envoyer les Foot-bots à
notre recherche et ne cessera pas de nous persécuter tant qu'il ne nous aura
pas transformés en soupe de tortue.
Donnie
s'interrompit. En ajouter davantage n'aurait servi à rien. La situation était
catastrophique, pour ne pas dire désespérée, et il avait pour une fois su la résumer
avec concision.
Après
cela, plus personne ne prononça le moindre mot. Ils se contentèrent de se
relayer auprès de Splinter à tour de rôle, tout en méditant sur leur sort, qui
n'était pas joyeux. Ils avaient tous leurs propres préoccupations et ne tenaient
pas à les partager avec les autres.
April
et Casey s'inquiétaient pour leur famille respective, de même que pour le reste
de l'humanité. Léonardo ne pouvait s'empêcher de laisser son esprit vagabonder
en direction de Karai, dont le joli visage se matérialisait sans cesse dans son
esprit. Raphaël était furieux de se sentir aussi impuissant, lui qui aimait
tant se battre.
Ils
décidèrent de dormir un peu. Cela ne faisait que quelques heures qu'ils étaient
revenus à New-York, pourtant ils avaient presque l'impression de ne l'avoir
jamais quitté. Se reposer leur ferait le plus grand bien. Qui savait si, au
cours des jours à venir, le ciel ne leur tomberait pas sur la tête. Ils
auraient besoin d'être en forme pour faire face, à ce moment-là.
-
Eh, les gars ! Les gars !
Ils
étaient tous profondément assoupis lorsque la voix de Michelangelo les tira du
sommeil. Léonardo fut le premier à se redresser. Ils s'étaient tous pelotonnés
ensemble, les uns contre les autres, dans un angle du repaire, emmitouflés dans
les restes de couverture qu'ils avaient pu sauver.
-
C'est maître Splinter, je crois qu'il a bougé.
D'un
geste de la main, il désigna le rat, toujours étendu dans son nid de fortune,
pendant que les cinq autres se rapprochaient. Ils l'observèrent avec
circonspection. Il lui était déjà arrivé de se montrer brutal à son réveil,
notamment à l'époque où le Roi des Rats tentait de s'en prendre à son esprit.
-
Il faudrait que quelqu'un le tapote, affirma Donnie. C'est utile pour ramener
quelqu'un à la conscience.
Aussitôt,
tous les regards convergèrent vers Mikey, qui poussa un petit cri de joie. Il
était ravi d'avoir été choisi, jusqu'à ce qu'il comprenne réellement ce que
cela impliquait. Avec un soupir, il s'accroupit à côté de son maître, qu'il
secoua doucement au niveau de l'épaule.
Les
lèvres recouvertes de fourrure de celui-ci remuèrent faiblement, dévoilant ses
crocs. Le sang de la tortue ne fit qu'un tour, mais il ne renonça pas. Après
tout, il s'agissait de Splinter. Il n'avait rien à craindre de lui... ou si
peu.
-
Sensei... Revenez à vous, s'il vous plaît. Sensei.
Il
leva la tête en direction de ses frères, qui affichaient eux aussi une mine
dépitée. Leur peine était palpable, et leurs amis humains la partageaient. Pour
preuve, Casey ne fronça même pas les sourcils lorsque April posa une main
compatissante sur l'épaule de Donatello.
-
Lé-o...
Ils
ouvrirent de grands yeux. Michelangelo, totalement déstabilisé, perdit
l'équilibre et tomba sur les fesses dans un grand bruit. Les tortues se rassemblèrent
immédiatement autour de Splinter, qui venait de prononcer le nom de leur chef
dans un râle à peine perceptible. Celui-ci lui tapota main.
-
Je suis là, maître. Nous sommes tous là. Est-ce que vous m'entendez ?
-
Ma... tête...
Il
tenta d'ouvrir les yeux, en vain. Visiblement, cela provoquait trop de
souffrance en lui pour qu'il puisse y parvenir. Il renonça. Léonardo le fixa
avec une inquiétude grandissante, tandis qu'une violente quinte de toux le
secouait de la tête aux pieds.
-
Mes fils... Vous...
Il
n'eut pas l'occasion d'achever sa phrase. Il replongea dans les limbes de
l'inconscience avant d'y parvenir. Donatello profita du fait d'être debout pour
examiner ses blessures. Elles étaient toujours purulentes, en dépit du soin que
Mikey avait pris à les nettoyer une par une. Sans désinfectant, hélas, le
résultat serait le même.
-
Qu'est-ce qui est le plus à craindre, Donnie ? interrogea Léo.
-
La septicémie, je dirais. D'autant que son corps est en état de grande
faiblesse et qu'il n'a actuellement pas les moyens de se défendre contre les
infections, quelles qu'elles soient. Je crains que nous n'ayons pas le choix :
nous allons devoir remonter à la surface. Il n'y a que là-haut que nous
pourrons trouver ce dont il a besoin.
-
Rassure-moi... Tu n'es pas sérieux ? Si nous mettons le nez hors du repaire à
l'heure actuelle, Shredder nous cueillera comme des fruits mûrs. Et si ce n'est
pas lui, nous devrons affronter l'armada que les Kraangs enverront contre nous.
-
Tu préfères laisser mourir maître Splinter, peut-être ?
-
Je t'interdis de dire une chose pareille, seulement il faut réfléchir aux
risques. Si nous nous faisons tous tuer, je ne pense pas que nous lui serons
d'une grande utilité.
-
Si nous ne faisons rien, c'est à son agonie que nous risquons d'assister.
Léonardo
secoua la tête. En tant que chef, il se trouvait dans une impasse. Il n'avait
aucune envie de voir l'état de son sensei s'étioler davantage, toutefois il ne
voulait pas non plus mettre en danger la vie de ses frères.
-
Euh... Les gars ? appela timidement April. Les Kraangs n'ont pas l'air d'avoir
trop massacré les immeubles et les habitations.
-
Oui, et alors ?
-
Mon père garde beaucoup de médicaments dans son armoire à pharmacie. Il répète
sans cesse que ça peut toujours servir. Avec un peu de chance, nous y
trouverons des antibiotiques, des compresses aseptisantes et assez de choses
pour soigner Splinter.
-
Ouais, ça, c'est trop de la balle ! approuva Mikey. Tu es un génie ! Ou une
géniale. Comment ça se dit, au féminin ?
-
Ça ne résout pas le problème. Comment allons-nous sortir d'ici sans risquer de
tomber sur les Foot ou les Kraangs ? À mon avis, ils n'attendent que ça : une
erreur de notre part.
-
Il y a une bouche d'égout, à proximité de l'appartement dans lequel j'habite...
Habitais. C'est toujours moins dangereux que de parcourir toute la ville. Il
doit à peine y avoir deux rues à traverser.
Ils
fixèrent tous Léo avec insistance pendant que celui-ci s'accordait une minute
de réflexion. À contrecœur et dans un soupir, il finit par accepter la
proposition d'April. En revanche, il n'avait pas dit son dernier mot. Il
interrompit Michelangelo au moment où il s'apprêtait à sautiller avec
enthousiasme.
- Je reste malgré tout persuadé que
nous ne pouvons pas y aller comme ça, affirma-t-il. Il nous faut un plan.
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